Tailler dans le froid
Janvier, la vigne dort. On la taille à la main, sarment après sarment, pour décider de la récolte à venir. Tout commence ici, dans le silence et le givre — un geste lent qui engage toute l'année.

Vigneron-encaveur · Suisse · depuis 1923
Trois générations sur les mêmes coteaux. Un vin qui se lit comme une année de travail.
Il y a, sur ces coteaux, une pente que trois générations ont appris à écouter. Douze hectares, pas un de plus, posés là où la lumière s'attarde le soir et où la terre tient la chaleur du jour. C'est tout le domaine. C'est déjà beaucoup.
On y travaille au plus près de ce que la vigne demande, sans jamais lui forcer la main. Les vendanges se font à la main, caisse après caisse. Les vinifications prennent leur temps. L'élevage en prend davantage encore. Ici, rien ne se presse, et c'est précisément ce qui se goûte.
Ce qui suit n'est pas un catalogue. C'est le récit d'une année de vigne — du givre de janvier au vin qui dort dans le bois — puis de ce qu'elle dépose, à la fin, au fond d'un verre.
Une année entière au rythme de la pente.
Janvier, la vigne dort. On la taille à la main, sarment après sarment, pour décider de la récolte à venir. Tout commence ici, dans le silence et le givre — un geste lent qui engage toute l'année.

La sève remonte, les bourgeons éclatent. On ébourgeonne, on palisse, on guette le gel. Chaque jour de soleil compte ; chaque nuit froide se surveille. La pente reprend ses couleurs.

Le raisin a pris la lumière de tout l'été. On vendange à la main, caisse après caisse, et l'on trie sur la table. Une journée trop tôt ou trop tard, et l'année change de visage.

En cave, le vin se repose. Cuve ou barrique, on goûte, on attend, on n'intervient qu'au strict nécessaire. Le meilleur outil du vigneron, c'est la patience — et le bois qui respire.

Trois vins, trois tempéraments. Tous nés des mêmes coteaux.

Vif et droit, il s'ouvre sur la fleur blanche et l'amande fraîche, puis laisse poindre cette minéralité saline qui signe nos meilleures parcelles. Un blanc qui dit la pente plus que le cépage — léger en bouche, long en mémoire.
L'accord — à l'apéritif, sur une fondue, ou simplement face au lac un soir d'été.

Soyeux, il avance sur les fruits rouges et une épice douce, presque feutrée. La trame est fine, la longueur s'étire sans peser. Un rouge de patience, issu de vignes qui n'ont plus rien à prouver.
L'accord — sur une volaille rôtie, un risotto aux champignons, une viande blanche.

Dense et profond, élevé patiemment sous bois, il déploie le fruit noir, le cuir et une note de sous-bois. Taillé pour la garde, il demande qu'on l'attende — ou qu'on l'ouvre largement à l'avance. La cuvée d'une belle année.
L'accord — sur un gibier, une pièce de bœuf, ou à ouvrir dans cinq ans pour voir.
Nos meilleures parcelles regardent le sud, là où la lumière s'attarde le soir et où la pierre rend, la nuit, la chaleur amassée le jour. Sols caillouteux, vieilles vignes, rendements tenus bas : tout est fait pour que le raisin arrive à maturité sans jamais se presser.
Le reste se passe en bas, à la cave. Le vin descend des coteaux et s'installe dans le bois. On goûte, on note, on attend. Fût après fût, l'année se décante en silence, jusqu'à devenir cette chose qu'on peut enfin mettre en bouteille — et offrir.
Une bonne bouteille, c'est d'abord une belle année de travail.
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